En 2020, Agnès Maltais, députée de Taschereau de 1998 à 2018, faisait don de ses archives à l’Assemblée nationale. Conservé par la Bibliothèque, l’ensemble documentaire comprend plus de sept mètres de documents textuels, environ 2000 photographies, plus de quatre heures d’enregistrements vidéo et près de trois heures d’enregistrements audio. Offrant un panorama des différentes activités d’Agnès Maltais de 1960 à 2018, ces archives sont le reflet d’une personne engagée dans le militantisme et l’action politique au cœur de sa communauté. Cette chronique montre comment le fonds d’archives illustre cet engagement.
Anthony Couture
Émilie Paquin
Équipe des archives et de la gestion documentaires

Fonds Agnès Maltais. Assemblée nationale du Québec. P44-S7-D22_05.
L’acquisition de fonds d’archives à l’Assemblée nationale du Québec
En vertu de la Politique de gestion des archives de l’Assemblée nationale, la Bibliothèque acquiert principalement des fonds et des collections d’archives privées de membres du Parlement québécois, de hauts fonctionnaires de l’Assemblée nationale, de journalistes et de collectionneurs de documents en lien avec l’histoire parlementaire et politique du Québec.
La Bibliothèque a ainsi acquis les fonds de membres de l’Assemblée nationale appartenant à différents partis politiques[1], parmi lesquels figurent Antoine Drolet (Union nationale), William Tetley (Parti libéral du Québec), Yvon Vallières (Parti libéral du Québec), Claude Lachance (Parti québécois), Mario Dumont (Action démocratique du Québec), Françoise David (Québec solidaire) et Marc Picard (Action démocratique du Québec; Coalition avenir Québec). De même, la Bibliothèque a notamment fait l’acquisition du fonds de son ancien directeur, Narcisse-Eutrope Dionne[2], de celui de la Tribune de la presse, de quelques journalistes parlementaires, dont celui de François Trépanier[3], et des collections d’archives et d’objets comme celles d’Yves Beauregard, d’Aline Cloutier et d’Alain Lavigne[4]. Des articles diffusées dans le Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale (publié de 1970 à 2020), puis dans la revue en ligne Première lecture depuis 2021, mettent en avant certains de ces fonds et collections d’un intérêt particulier pour l’histoire du parlementarisme et de la politique au Québec. Cette chronique présente une nouvelle acquisition d’intérêt : le fonds d’archives d’Agnès Maltais.
Un engagement de la première heure
Née en 1956 à Sault-au-Mouton sur la Côte-Nord[5], Agnès Maltais baigne dans l’univers politique dès son plus jeune âge. Son père, Lauréat Maltais, est député fédéral créditiste de la circonscription de Saguenay de 1962 à 1963. Il devient ensuite maire de Sault-au-Mouton. Sa mère, Béatrice Thibeault Maltais, est à son tour mairesse de Sault-au-Mouton de 1981 à 1989, avant d’être élue préfète de la municipalité régionale de comté (MRC) de La Haute-Côte-Nord. Elle est l’une des premières femmes au Québec à occuper cette fonction, qu’elle exerce de 1986 à 1989. Dans le fonds d’archives, des notes biographiques, un curriculum vitae et une biographie de Béatrice Thibeault Maltais rendent compte des divers champs d’engagement des parents d’Agnès Maltais. D’autres documents illustrent par ailleurs son implication dans la vie associative étudiante au Cégep de Sainte-Foy et dans des mouvements citoyens dès les années 1970.
Un engagement culturel alliant l’humour et le militantisme sur la scène théâtrale
En 1980, Agnès Maltais est l’une des six cofondatrices[6] de la troupe de théâtre féministe Les Folles alliées. Pendant dix ans, le groupe passe en revue avec humour le thème de la condition des femmes[7]. De la correspondance, des textes intégraux de pièces et des affiches de spectacles, le texte de chansons de comédies musicales et des photographies illustrent leur traitement du sujet. Le groupe ne manque pas de choquer une partie du public par son approche. C’est ce que traduisent également des coupures de presse et des transcriptions de réactions de spectateurs présentes dans le fonds d’archives.

Fonds Agnès Maltais. Assemblée nationale du Québec. P44-S7-D1_046.
Un engagement près de la communauté
Candidate défaite à l’investiture du Parti québécois dans Taschereau en 1994, Agnès Maltais est élue en 1998 députée de cette circonscription, qu’elle représentera pendant vingt ans à l’Assemblée nationale. Les documents du fonds témoignent de son travail auprès des citoyennes et des citoyens de même que des organismes de sa communauté. On y trouve entre autres des agendas annotés, de la correspondance et des formulaires de demande d’aide financière, lesquels reflètent les préoccupations des citoyennes et des citoyens de sa circonscription, notamment des milieux défavorisés. Les échanges d’Agnès Maltais avec les organismes de Taschereau illustrent son travail de soutien aux projets portés dans sa circonscription. Les communications de l’élue avec les autorités municipales et fédérales sont également une vitrine sur la concertation et le partage des actions entre les différents ordres de gouvernement dans le cadre de projets locaux.
Parmi ses nombreuses interventions auprès d’organismes, trois en particulier sont reflétées par une importante documentation. Elles portent sur l’avenir du Jardin zoologique de Québec, la réhabilitation du monastère des Augustines et le maintien du Centre psychanalytique de traitement pour jeunes adultes psychotiques (le « 388 ») dans le quartier Saint-Sauveur. Les nombreuses photographies conservées dans l’ensemble documentaire illustrent également la diversité des activités publiques auxquelles prend part Agnès Maltais. On la trouve ainsi photographiée avec des personnalités politiques et des membres de la société civile, et avec des citoyennes et citoyens, des représentants d’organismes et des groupes communautaires de la circonscription de Taschereau.

Fonds Agnès Maltais, Assemblée nationale du Québec. P44-S7-S093_08.
Une parlementaire engagée
Au fil de ses mandats, Agnès Maltais a occupé plusieurs fonctions parlementaires, dont celles de présidente du caucus du Parti québécois de 2003 à 2007, de vice-présidente de la Commission des finances publiques de 2010 à 2012 et de leader de l’opposition officielle de 2014 à 2015. Elle fut aussi porte-parole de l’opposition officielle responsable de la Capitale-Nationale de même qu’en matière de santé, membre de la Commission de l’administration publique et membre de la Commission des institutions. Dans la correspondance se trouvent des documents tirés de réunions et de séances, des feuilles de route, des rapports, des analyses et des notes d’allocutions. Le fonds d’archives illustre son rôle dans l’organisation des travaux parlementaires et le leadership dont elle fait preuve au sein de sa formation politique.
Une ministre engagée
De 1998 à 2003, Agnès Maltais est successivement ministre de la Culture et des Communications, ministre déléguée à la Santé, aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse et ministre déléguée à l’Emploi. De 2012 à 2014, elle est ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, ministre du Travail, ministre responsable de la Condition féminine et ministre responsable de la région de la Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale. Dans son fonds d’archives, des notes d’allocution, de la correspondance, des documents de travail, des communiqués et coupures de presse ainsi que des photographies témoignent de l’étendue et de la nature de ses activités ministérielles. Des capsules radiophoniques destinées aux enfants à propos de la santé et de la protection de la jeunesse, sur les ondes de la radio communautaire CKRL, nous éclairent sur le rôle qu’elle tient auprès des citoyennes et des citoyens[8]. Parmi les enjeux que porte la ministre, la sauvegarde du patrimoine, dont celle d’églises paroissiales de la ville de Québec, est illustrée notamment par de la correspondance, des documents de consultation, des rapports et un guide d’évaluation du patrimoine bâti.

Fonds Agnès Maltais. Assemblée nationale du Québec. Photographe : Louise Leblanc. P44-S7-D52_05.
Conclusion
Le fonds d’archives d’Agnès Maltais, par la diversité et le volume des dossiers qu’il contient, témoigne de l’engagement et du travail de la députée auprès de la population, particulièrement dans la région de Québec, et avec ses collègues dans le cadre des travaux parlementaires.
De plus amples informations sur le fonds Agnès Maltais (P44), dont des instruments de recherche, sont disponibles sur le site Web de la Bibliothèque.
L’Équipe des archives et de la gestion documentaire offre également aux citoyennes et aux citoyens des services de renseignements, de consultation, de reproduction et de mise en valeur des archives et des objets patrimoniaux conservés à l’Assemblée nationale.
Pour aller plus loin
« Agnès Maltais », Dictionnaire des parlementaires du Québec de 1764 à nos jours, Assemblée nationale du Québec, juillet 2024 (dernière mise à jour).
« Archives et objets patrimoniaux », Nos collections, Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec.
« Entrevue avec Agnès Maltais », 4 épisodes de la série Mémoires, Assemblée nationale du Québec, 2024.
Répertoire des fonds d’archives de parlementaires québécois, Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec.
- Voir Marise Falardeau, « Chronique d’archives : le fonds William Tetley », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 44, n° 1, 2015, p. 43–44; —, « Chronique d’archives : le fonds Yvon Vallières », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 44, n° 2, 2015, p. 36–37; —, « Chronique d’archives : le fonds Claude Lachance : un portrait inédit de la vie parlementaire », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 42, n° 2, 2013, p. 28–30. [retour]
- Marise Falardeau, « Chronique d’archives : le fonds Narcisse-Eutrope Dionne », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 47, n° 1, 2018, p. 39-41. [retour]
- Julie Désautels, « Chronique d’archives : le fonds François Trépanier », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 45, n° 1, 2016, p. 29-30. [retour]
- Pierre Skilling, « Aline Cloutier : une caricaturiste méconnue de la Révolution tranquille », Première lecture, 1er mars 2021 (article paru initialement dans le Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 45, n° 1, 2016, p. 5-15); Marise Falardeau, « Chronique d’archives : la collection Alain Lavigne », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 46, n° 1, 2017, p. 40-42. [retour]
- À la fin des années 1990, Sault-au-Mouton et Saint-Paul-du-Nord se sont regroupées pour former une nouvelle municipalité qui porte le nom de Longue-Rive. [retour]
- Étaient aussi cofondatrices : Hélène Bernier, Jocelyne Corbeil, Pascale Gagnon, Lucie Godbout et Christine Boillat. [retour]
- À ce sujet, voir Lucie Joubert, « Les groupes de filles comiques au Québec: filiation en folies », Cahiers de l’IREF, Institut de recherches et d’études féministes / Observatoire de l’imaginaire contemporain, 2014. [retour]
- L’ancienne députée parle de sa relation avec cette station de radio dans un article du bulletin du Cercle des ex-parlementaires de l’Assemblée nationale : Agnès Maltais, « CKRL a 50 ans et toutes ses dents! », Le Temps de parole, volume 23, numéro 2, décembre 2023, p. 54-55. [retour]