Les femmes dans les parlements : un portrait global

La pleine participation des femmes à la vie politique et publique constitue une visée essentielle à atteindre dans le monde. En témoignent les nombreux engagements internationaux en ce sens, tels que la Déclaration et le Programme d’action de Beijing (1995) ou les Objectifs de développement durable (2015). Malgré d’importants progrès réalisés ces dernières années, le chemin vers l’égalité est encore long et les avancées demeurent fragiles. Cette note offre une vue d’ensemble de la représentation politique des femmes au Québec et dans le monde, de même que des entraves communes qui persistent et des solutions potentielles pour amener plus de femmes à emprunter cette voie.

Marie-Pier Bouchard
Service de la recherche

LA REPRÉSENTATION DES FEMMES EN POLITIQUE EN QUELQUES CHIFFRES

Dans le monde, les femmes sont encore sous-représentées à tous les niveaux du pouvoir décisionnel. Le 1er avril 2026, elles comptent pour environ 27 % des parlementaires nationaux. Ce n’est que dans huit pays qu’elles constituent 50 % ou plus des membres du parlement dans les chambres basses ou uniques. Les pays ayant atteint la parité sont le Rwanda (64 %), Cuba (57 %), le Nicaragua (56 %), le Costa Rica (53 %), la Bolivie (51 %), le Mexique, Andorre et les Émirats arabes unis (tous trois à 50 %). Les parlements de 22 États comptent moins de 10 % de femmes. L’Amérique arrive en tête en matière de proportion de femmes parlementaires (36 %), suivie de l’Europe (32 %), de l’Afrique subsaharienne (27 %), du Pacifique (24 %), de l’Asie (22 %), puis du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (16 %).

Dans 28 pays, 30 femmes sont à la tête de l’État ou du gouvernement. Elles représentent environ 22 % des membres de cabinet à la tête de ministères, principalement dans des domaines comme la condition féminine et la famille. Parmi les 193 parlements, dont 85 sont bicaméraux, 55 femmes occupent la présidence de la Chambre, soit environ le cinquième des postes. Au rythme actuel, on évalue qu’il faudra près de 40 ans pour atteindre la parité entre les sexes dans les instances législatives nationales et environ 130 ans dans les décisions politiques du plus haut niveau[1].

Des améliorations considérables ont néanmoins eu lieu au fil des ans. La proportion de femmes dans les parlements et de femmes occupant la présidence a presque triplé entre 1995 et 2025, passant de 11 % à 27 %. Dans plus de vingt pays, la représentation féminine a augmenté de plus de 30 % au cours de cette période[2]. Cela dit, on constate actuellement un ralentissement de cette hausse. Le taux de progression annuel du nombre de femmes parlementaires, qui se situait en moyenne à 0,6 % dans la dernière décennie, est passé à 0,4 % dans les années plus récentes et s’est même contracté à 0,3 % en 2024, en dépit du fait que près de la moitié de la population mondiale s’est rendue aux urnes cette année-là[3]. L’indice Reykjavík mesure chaque année les perceptions de la population des pays du G7 par rapport aux femmes qui occupent des postes décisionnels. Il signale un recul de l’acceptation du leadership féminin, particulièrement chez les jeunes hommes. Une majorité croit cependant que l’égalité de genre demeure importante. Ces tendances cachent par ailleurs une grande variation entre les États[4].

Au Québec, aux élections générales du 3 octobre 2022, 58 femmes ont été élues, établissant un nouveau sommet. Elles occupaient alors 46 % des sièges du Parlement. Le 1er avril 2026, 57 femmes siégeaient à l’Assemblée nationale[5]. Si le Québec faisait partie du classement international de l’Union interparlementaire sur les femmes dans les parlements, il se trouverait au 15e rang. Le Canada se situe au 74e rang avec 30 % de femmes siégeant à la Chambre des communes[6]. Au lendemain des élections de 2022, une femme a été nommée à la présidence de l’Assemblée nationale du Québec, la deuxième à occuper cette fonction. Il en va de même pour le poste de première ministre, occupé pour la deuxième fois par une femme, entrée en fonction le 12 avril 2026. En date du 22 avril de la même année, onze femmes (39 %) occupent des fonctions de ministre. Une première Autochtone a été élue à la dernière élection générale; elle est également devenue la première personne autochtone à accéder au Conseil des ministres[7]. Les femmes sont aussi de plus en plus nombreuses à se porter candidates : en 2022, elles formaient 43 % des candidatures, contre 29 % dix ans plus tôt[8].

LES OBSTACLES POUR LES FEMMES EN POLITIQUE

Les freins pour entrer et se maintenir en politique demeurent nombreux pour les femmes, qu’ils aient trait à l’environnement socioéconomique et culturel dans lequel elles évoluent, aux institutions et aux partis politiques en place ou aux ressources à leur disposition. La difficulté de concilier fonction politique et obligations familiales, les stéréotypes genrés et les normes sociales, les pratiques discriminatoires et sexistes, de même que le manque de modèles féminins peuvent tous avoir un effet dissuasif sur l’engagement politique des femmes. L’âge, l’aptitude physique, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle et la classe sociale sont autant d’aspects qui, combinés, peuvent amplifier les barrières rencontrées[9]. À titre d’exemple, seuls 5 % des sièges parlementaires dans le monde sont occupés par des femmes de moins de 40 ans[10].

Les abus, le harcèlement et la violence font partie des obstacles qui entravent le plus la participation politique des femmes, et le phénomène prend des proportions alarmantes à l’ère du numérique. Selon une étude réalisée auprès d’élues de 66 pays, 85 % des répondantes ont été victimes d’abus en ligne, 54 % ont reçu des menaces de préjudice et 11 % ont subi des violences physiques. Si le problème touche quiconque évolue dans la sphère politique, les femmes sont particulièrement ciblées, notamment par certaines formes de violence, telle la violence sexuelle[11]. En atteste la diffusion croissante d’hypertrucages à caractère pornographique, dont les femmes sont à 99 % les victimes, et qui portent atteinte à la réputation et à la dignité des personnes touchées[12].

Le constat est le même au Québec : le vécu des femmes politiques semble davantage marqué par la violence, l’intimidation et les menaces et cela affecte notablement leur santé psychologique[13]. Dans le milieu municipal, un sondage réalisé en 2024 révèle que près des deux tiers des élues ont vécu de la violence verbale et plus de la moitié de l’intimidation et des menaces. Elles sont aussi proportionnellement plus nombreuses que les hommes à vivre du stress – causé entre autres par les réseaux sociaux – de l’anxiété et de la déprime ainsi qu’à avoir envisagé de quitter leurs fonctions[14].

Non seulement la violence subie par les élues a-t-elle des conséquences sur leur santé et leur sécurité, mais elle a aussi pour effet, à terme, de décourager la participation politique des femmes et, de ce fait, de restreindre le débat démocratique. Fait inquiétant, plusieurs femmes politiques ont quitté leurs fonctions ces dernières années, notamment en raison des attaques virulentes dirigées contre elles. Elles sont cependant de plus en plus nombreuses à dénoncer les violences subies. Par ailleurs, davantage de parlements adoptent des mesures pour les endiguer[15].

VERS UNE PLUS GRANDE PARTICIPATION POLITIQUE DES FEMMES

Que ce soit pour amoindrir les obstacles auxquels sont confrontées les femmes ou pour mettre en place des conditions favorables à leur réussite en milieu politique, de plus en plus de parlements dans le monde améliorent leurs pratiques afin qu’elles soient plus sensibles au genre. La mise en place de plans d’action et de politiques d’équité, d’infrastructures familiales, de formations et de programmes de mentorat ainsi que d’entités vouées à l’égalité de genre, comme les caucus de femmes, sont autant de stratégies pour soutenir la participation politique féminine[16].

Les quotas de femmes figurent parmi les actions les plus fréquemment mises en œuvre pour favoriser la parité. Ces mécanismes ont prouvé leurs bénéfices lorsqu’ils sont adéquatement implantés. Dans les pays où ils ont été institués, la représentation féminine est en moyenne supérieure de cinq points de pourcentage par rapport aux pays qui en sont dépourvus. En 2024, les femmes ont été proportionnellement deux fois plus nombreuses à être élues ou nommées dans les parlements avec des quotas que dans ceux qui n’en ont pas. Il appert que le type de système électoral a aussi une incidence, les systèmes de représentation proportionnelle et les systèmes mixtes étant en moyenne associés à une plus forte proportion de femmes élues ou nommées. Cependant, une fois les femmes en poste, il y a peu d’initiatives pour s’assurer qu’elles occupent des fonctions de leadership[17].

Au Québec, diverses mesures ont été prises pour améliorer la sécurité des personnes élues, notamment avec l’adoption en 2024 de la Loi édictant la Loi visant à protéger les élus municipaux et à favoriser l’exercice sans entraves de leurs fonctions et modifiant diverses dispositions législatives concernant le domaine municipal. Cette loi prévoit des dispositions propres à dissuader et à mettre fin à des comportements abusifs qui entravent l’exercice des fonctions d’une personne élue ou portent atteinte à sa vie privée. En plus des actions pour lutter contre les violences faites aux personnes élues, l’Assemblée nationale a mis en place des initiatives pour amoindrir ce qui est souvent considéré comme des freins à la participation des femmes à la vie politique. Afin de faciliter la conciliation travail-famille, elle a, par exemple, développé des infrastructures familiales, comme une halte-garderie, ouverte en 2023[18]. De plus, des programmes de jumelage ont été déployés, comme celui qu’offre le Cercle des femmes parlementaires. Il réunit des élues et des jeunes femmes afin d’inspirer ces dernières à suivre cette voie[19].

Les femmes elles-mêmes sont un moteur important de changement au sein des institutions démocratiques et au-delà. Si les mouvements des femmes ont porté plusieurs d’entre elles dans les parlements, les femmes parlementaires ont à leur tour suscité des avancées pour les droits des femmes en plaçant au programme politique les enjeux qui les touchent. À travers des instances comme les forums de femmes, les élues favorisent le travail transpartisan dans l’intérêt commun. Elles encouragent une législation plus inclusive, dans un contexte où 2,5 milliards de femmes et de filles vivent dans des États où existent encore des lois discriminatoires à leur endroit. Les élues, en plus de représenter des modèles de leadership féminin, sont également les instigatrices de réformes en faveur de l’égalité des genres. Ensemble, elles amplifient les voix des femmes et enrichissent la vie démocratique[20].


  1. ONU Femmes, Faits et chiffres : Le leadership et la participation des femmes à la vie politique, 2026; Union interparlementaire (UIP), Parline UIP : données mondiales sur les parlements nationaux, 2026. [retour]
  2. UIP, Les femmes au parlement : 1995-2025, 2025, p. 1. [retour]
  3. UIP, L’année électorale hors normes n’a pour l’instant apporté que peu d’avancées aux femmes parlementaires, 2024. [retour]
  4. Verian, The Reykjavík Index for Leadership 2025-2026, 2026. [retour]
  5. Assemblée nationale du Québec, Députés. [retour]
  6. UIP, Parline UIP, op. cit. [retour]
  7. Gouvernement du Québec, Conseil des ministres. [retour]
  8. Élections Québec, Statistiques sur les candidatures. [retour]
  9. Sue Maguire, Barriers to Women Entering Parliament and Local Government, Institute for Policy Research, 2018, p. 26-36. [retour]
  10. UIP, Les femmes au parlement : 1995-2020 – Regard sur 25 ans, 2020, p. 21. [retour]
  11. Sofia Collignon et Minna Cowper-Coles, Women’s Political Careers 2022, Women Political Leaders, 2022, p. 53-59. [retour]
  12. Roos Döll, « Deepfake threat », The Parliament, octobre 2024, p. 44-46. [retour]
  13. Mireille Lalancette, La gestion par les élues et élus municipaux des actes et propos violents, haineux ou déplacés à leur égard, Rapport adressé à la ministre des Affaires municipales, 2023, p. 20. [retour]
  14. Léger, Portrait des défis rencontrés par les élu.e.s municipaux au Québec, Rapport détaillé du sondage réalisé pour l’Union des municipalités du Québec, 2024, p. 24-33. [retour]
  15. UIP, Les femmes au parlement en 2023 : regard sur l’année écoulée, 2024, p. 23-24. [retour]
  16. International Institute for Democracy and Electoral Assistance (IDEA), Beyond Numbers: Stories of Gender Equality in and through Parliaments, 2024. [retour]
  17. ONU Femmes, op. cit.; UIP, Les femmes au parlement : 1995-2025, op. cit., p. 19. [retour]
  18. Assemblée nationale du Québec, Rapport annuel 2020-2021, 2021, p. 69 et Rapport annuel 2024-2025, 2025, p. 18. [retour]
  19. Assemblée nationale du Québec, Programme de jumelage entre jeunes femmes et femmes parlementaires. [retour]
  20. UIP, Les femmes au parlement : 1995-2020, op. cit., p. 18-22; Women Political Leaders, Representation Matters: Women Political Leaders, 2023, p. 43-45. [retour]