Politiques, politiciens et perceptions – Les essais des stagiaires 2025-2026 de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant

Afin de perpétuer l’esprit de Jean-Charles Bonenfant, directeur de la Bibliothèque de la Législature du Québec de 1952 à 1969, et de bonifier et diffuser les connaissances sur le parlementarisme, cinq jeunes chercheuses et chercheurs réalisent chaque année un essai sur une thématique de leur choix. Voici ceux de la cohorte 2025-2026.

François Gagnon
Service de la recherche

De gauche à droite : Alice Lecompte, Simon Filiatrault, Christ Niyoyankunze, Béatrice Allard et Koralie Yergeau.
Photo: Martin Houde

La Fondation Jean-Charles-Bonenfant a été créée en 1978 à la mémoire d’un directeur de la Bibliothèque qui a marqué notre histoire politique et parlementaire par sa capacité à conjuguer savoir et pouvoir. Chaque année, l’Assemblée nationale du Québec accueille cinq étudiantes et étudiants universitaires pour un stage parlementaire d’un an. Au cours de ce stage, ils rencontrent des acteurs de la vie politique québécoise, sont jumelés avec des députées et députés du gouvernement et de l’opposition, et visitent d’autres parlements, dans une perspective comparative avec l’Assemblée.

Une des facettes du stage est la rédaction d’un essai sur une thématique reliée au parlementarisme et à la politique québécoise. Pour les aider dans ce travail de recherche, les stagiaires peuvent compter sur l’appui méthodologique et documentaire de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale. Une fois acceptés, leurs essais sont publiés sur le site de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant et ajoutés à la collection de la Bibliothèque.

Alice Lecompte s’est entretenue avec des parlementaires pour définir leur perception d’un enjeu méconnu : l’itinérance cachée. En croisant leurs témoignages, elle brosse un portrait franc et honnête de la perception qu’ils en ont, ce qui lui permet de tracer des parallèles avec les grands constats de la littérature sur la nature, les causes et les manifestations de l’itinérance cachée. Elle met en lumière la nécessité, pour tenter de résoudre un problème, de le définir clairement et de le rendre visible pour le monde politique. Son essai, Percevoir l’invisible en politique : visibiliser l’itinérance cachée, nous permet de prendre conscience de la difficulté de transformer un problème en enjeu politique afin d’agir sur celui-ci.

Simon Filiatrault propose le résumé d’une période cruciale de l’histoire récente du Québec : la genèse du projet indépendantiste et la réaction qu’il a suscitée au sein des Premières Nations et des Inuit. Son essai s’intitule Entre opposition et association : le dialogue entre le Parti Québécois et les peuples autochtones sur le projet d’indépendance du Québec (1968-1995). Il y présente les jalons de l’interaction entre le Parti québécois (PQ), porteur du projet de souveraineté du Québec, et les nations autochtones de 1968 à 1995. Il fait ressortir l’évolution du dialogue entre le PQ et les peuples autochtones, à travers les propositions du parti et les réactions qu’elles entraînent chez les Premiers Peuples.

Béatrice Allard remonte aux origines de la Charte des droits et libertés de la personne et de la Charte canadienne des droits et libertés pour identifier un mécanisme constitutionnel plus ou moins explicite : le fait que les législateurs, sur la base de leur légitimité électorale, puissent se soustraire à l’application de ces chartes. Ainsi, dans Le coût politique du recours aux clauses dérogatoires : les perceptions des parlementaires québécois, elle cherche à définir le coût politique de l’utilisation de ces clauses, en interrogeant des parlementaires et des ministres qui ont proposé ou adopté des lois en y recourant. Elle en conclut que ce coût politique n’est pas perçu aussi élevé que ce qui pourrait avoir été prévu lors de l’adoption des chartes, et qu’il varie grandement selon les enjeux mobilisés.

Christ Niyoyankunze a, quant à lui, réfléchi sur les considérations éthiques qui doivent guider les parlementaires dans l’utilisation de leurs fonds discrétionnaires destinés au soutien à l’action bénévole. Le titre de son essai formule une question : Comment les députés et les ministres naviguent-ils à travers les questions éthiques et déontologiques liées à l’octroi de fonds discrétionnaires ? Pour y répondre, il a interrogé des parlementaires ainsi que des organismes qui dépendent de ces fonds. Son essai identifie certains mécanismes administratifs et justifications qui guident les élus dans leur travail de circonscription. Il soulève d’intéressantes questions sur les différences observables dans le traitement administratif et sur les tensions qui peuvent émerger dans les choix qui se posent aux élus.

Koralie Yergeau a consacré son essai à la construction de la légitimité en démocratie. Dans La construction discursive de la légitimité étatique : le cas des grèves infirmières de 1989 et 1999, elle a recours à une source d’information précieuse, les délibérations du Conseil des ministres pendant les conflits de travail. Elle propose un portrait en parallèle de deux mouvements sociaux perçus comme légitimes, mais issus de grèves considérées illégales. La réaction du gouvernement lui donne l’occasion de réfléchir au processus de légitimation de l’État à travers la communication, en contraste avec l’autorité de l’État.

Alice, Simon, Béatrice, Christ et Koralie ont quitté l’Assemblée nationale en juin dernier. Cinq nouveaux stagiaires ont été sélectionnés pour un stage qui a débuté en septembre 2026.